Crash de Vikram : pourquoi la Lune reste-t-elle si difficile à décrocher ?

Kailasavadivoo Sivan est inconsolable. Le Président de l’agence spatiale indienne (ISRO) ne parvient pas à cacher son émotion suite au crash du lander Vikram sur le sol lunaire.

La mission avait parfaitement commencé. Le lancement s’était correctement déroulé et la fusée s’était mise en orbite autour de la Lune. L’atterrisseur a ensuite enclenché la phase de descente. Il est à environ 2km d’altitude au dessus du sol lunaire lorsque le petit lander indien cesse d’émettre.

Narendra Modi, qui s’était glissé discrètement dans la salle de contrôle pour assister à la descente finale de la sonde, le sait : l’Inde ne sera pas la quatrième nation à se poser sur la lune. Le Premier Ministre Indien tentera comme il le peut de rassurer les équipes de l’ISRO : « La vie connaît des hauts et des bas. Votre dur labeur nous a déjà enseigné beaucoup, et le pays tout entier est fier de vous. Notre voyage continuera. Soyez forts. Je suis avec vous. »

Le Premier Ministre Indien au chevet du chef de l’ISRO

Pendant des jours, les scientifiques de l’agence spatiale indienne vont tenter de reprendre contact avec la sonde qui restera muette. Mais ils savaient qu’une échéance leur ferait bientôt abandonner tout espoir. Le 21 septembre, soit très exactement 14 jours après la date prévue d’alunissage, Vikram, toujours porté disparu à la surface de la lune, va subir de plein fouet la nuit lunaire. Cette phase, qui dure 14 jours, plonge la surface de la lune dans un froid glacial, à -200°C ! Pour une sonde dont le système n’est pas activé et qui ne peut pas résister au froid de par son activité, c’est le coup de grâce.

Comment diable est-ce possible de ne pas réussir à poser un robot sur la Lune en 2019 alors que les Américains y ont envoyé des Hommes à plusieurs reprises depuis 1969 ? Certes, les fonds investis par l’agence indienne pour cette mission sont proportionnellement bien loin des sommes consacrées par les Américains lors de la course à la lune en pleine Guerre Froide. Mais aussi et surtout, cet échec rappelle à quel point l’espace est hostile et ne laisse pas la place à la moindre négligence.

A ce jour, plus d’un tiers des 30 tentatives pour se poser sur la lune s’est soldé par un échec. Cette année déjà, Israël avait tenté elle aussi de s’y poser avec Beresheet, en vain.

Pour réussir une telle opération, un nombre incalculable d’étapes doivent se succéder dans l’ordre. Le moindre problème vient enrayer la machine et menacer la mission.  

Première étape : réussir à décoller. Le lanceur doit réussir à s’extirper de la gravité terrestre le plus vite et se délester de son poids une fois dans l’espace. De nombreux paramètres, notamment climatiques, sont surveillés lors d’un lancement. Les vents d’altitudes peuvent en effet dévier la fusée de sa trajectoire, ce qui pourrait l’incliner différemment et mener à sa destruction. Mais le véritable ennemi se situe un peu plus haut.

L’atmosphère, constituée de milliards de particules par m2, engendre des forces aérodynamiques très puissantes. Si le lanceur n’emprunte pas une voie de sortie bien précise, elle peut être broyée par l’effet de l’atmosphère.

Deuxième étape : atteindre l’orbite lunaire. Lors du programme Apollo, les fusées Saturn V atteignaient la lune en visée directe après seulement 3 jours de voyage. Pour réduire les stocks de carburant, le lanceur indien Chandrayaan-2 a considérablement rallongé son parcours pour profiter de la force de gravitation de la Terre, un carburant gratuit, et s’élancer vers son satellite. Plus le voyage est long, plus les risques augmentent.  

Site d’alunissage prévu pour Vikram

Troisième étape : se poser en douceur. C’est peut-être l’étape la plus difficile. Vikram visait un point situé entre les cratères Simpelius N et Manzinus C, à 600km du pôle sud de la Lune. Selon The Planetary Society, la sonde évoluait à une vitesse horizontale de 48m/s et 60m/s à la verticale. Pour ralentir, Vikram aurait du enclencher ses rétrofusées. Selon les premières hypothèses, la source du problème serait liée à un dysfonctionnement de l’ALP, ce système de freinage automatique. La sonde est donc arrivée très vite, trop vite.

Vikram est la mission de robotique spatiale la plus ambitieuse jamais entrepris par l’ISRO. Mais tout n’est pas perdu pour les Indiens dont l’orbiteur Chandrayaan-2 navigue toujours autour de la lune et a débuté ses observations scientifiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *