Objectif Lune pour la Chine

Alors que les Etats-Unis et l’Europe hésitent encore entre Mars et la Lune, la Chine semble avoir fait son choix. Avec l’envoi de nouveaux rovers et la préparation à des missions humaines, la Chine accumule les signes d’intérêt pour l’exploration de notre satellite. Un choix qui pourrait s’avérer payant tant il peut lui permettre de se tailler une belle part du « space cake »…

Yuegong-1 : des humains dans un bocal 

Projet Yuegong-1 mené par la Chine © Reuters/Damir Sagolj

Projet Yuegong-1 mené par la Chine © Reuters/Damir Sagolj

Des étudiants chinois de l’Université de Beihang ont passé 200 jours enfermés en vase clôt pour préparer une mission lunaire. Les conditions de l’expérience sont à peu près les mêmes que celles de Mars 500. Les participants, un groupe de deux hommes et deux femmes, sont enfermés dans un module de 160m2 baptisé Yuegong-1, le « Palais lunaire ». En autonomie totale, ils vivent dans des conditions similaires à celles que pourraient connaitre les membres d’une colonie sur la lune. Des réserves limités et l’impossibilité de sortir de leur habitat. Les déchets humains et alimentaires sont recyclés et l’équipage cultive des végétaux dans des serres. Au bout de quelques dizaines de jours, un second groupe de 4 personnes a pris le relai. Trois coupures de courant sont venues pimenter l’expérience et ont plongé le « palais lunaire » dans le noir. On espère que ce genre d’ennui sera réglé une fois sur la lune.

Au-delà des contraintes techniques, les missions spatiales de longue durée font l’objet d’une analyse du comportement des astronautes particulièrement approfondie. Pour résumer, on enferme une équipe de volontaires dans un espace de vie exigu et on observe comment ils se comportent. Les agences spatiales ont compris que ce volet psychologique est en réalité un paramètre très important du succès d’une mission spatiale. Car rien de pire que d’avoir des astronautes dépressifs ou qui se tapent dessus à des millions de kilomètres de la Terre.

Chang’e 4 : le rover qui voit loin

Rover lunaire Chang'e 4 © CLEP/CNSA

Rover lunaire Chang’e 4 © CLEP/CNSA

Très étrangement, la lune, notre seul et unique satellite naturel et corps céleste le plus proche de notre Terre, est par endroit moins connu que Mars. Par un phénomène gravitationnel, la Lune est « lockée » sur la Terre. C’est-à-dire qu’elle nous présente toujours le même côté. Et jusqu’à ce jour, la face cachée de la Lune reste assez inexplorée. Pour pallier à ce manque, les Chinois comptent envoyer un rover sur place. Un exploit que ni les Américains ni les Russes n’ont accompli à ce jour.

La mission Chang’e 4, prévue cette année, se déroulera en deux temps. En juin sera lancé un satellite relai de communication – il sera placé à une altitude de 60 000km autour de la Lune. Ce satellite aura pour objectif de relayer les communications entre le rover et la Terre mais aussi d’en assurer l’alunissage. La deuxième partie va donc consister à poser le rover en douceur, cette étape si elle n’est pas retardée devrait avoir lieu d’ici la fin de l’année.

Une fois sur place, le rover Chang’e 4 aura entre autres pour mission de vérifier s’il est possible de faire pousser des plantes et si des vers sont capables d’y produire du dioxyde de carbone. Des expériences clairement destinées à préparer le terrain pour de futures missions habitées.

Fait intéressant, Chang’e 4 est en réalité la copie parfaite du rover Chang’e 3 qu’il était censé remplacer en cas d’échec de ce dernier. Chang’e 3 et son petit robot mobile Yutu, est la première mission chinoise à s’être posée sur la Lune. Ce rover explore actuellement la Mer des Pluies. Preuve que la lune est une priorité pour la Chine, un autre rover, Chang’e 5, est à l’étude et devrait être envoyé à quelques centaines de kilomètres de son prédécesseur troisième du nom, dans une zone lunaire baptisée l’Océan des Tempêtes.

Naissance d’une puissance spatiale

Ammarrage du vaisseau Shenzhou à la station spatiale chinoise © BBC

Ammarrage du vaisseau Shenzhou à la station spatiale chinoise © BBC

Yuegong-1 et les rovers Chang’e font partie d’un programme spatial chinois particulièrement riche. En parallèle, la Chine continue d’améliorer sa propre station spatiale Tiangong-2, dont la durée de vie est limitée mais qui pourrait être un point d’appui intéressant pour l’exploration lunaire. Mais ce n’est pas tout. La Chine construit actuellement sa 3ème station spatiale (lancement en 2022), enverra bientôt son premier rover sur mars (d’ici 2020), a inauguré le plus grand radiotélescope du monde (en 2016) et planche déjà sur des projets de missions d’exploration de Jupiter et de ses lunes. Enfin, la Chine c’est aussi une agence spatiale composée de 110 000 collaborateurs (contre 2500 au CNES) et une trentaine de fusées lancées par an. Rien que ça…

En voulant être « la première » à explorer la face cachée de la Lune, la Chine semble vouloir viser les records. Ce géant économique est en quête de notoriété dans le secteur spatial et affiche pour cela de belles ambitions. Elles lui permettront sans doute de rattraper un jour son retard sur les autres puissances spatiales. Mais il va falloir être patient car on ne devrait pas voir de taïkonaute fouler le sol lunaire avant une bonne dizaine d’années.

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