A quoi joue Igor Ashurbeyli, « Père » d’Asgardia, la première nation spatiale ?

Igor Ashurbeyli, Père fondateur d'Asgardia © Ashurbeyli.ru

L’aventure Asgardia commence comme un roman de science-fiction, le 12 octobre 2016 lorsque le milliardaire russe Igor Ashurbeyli autoproclame la première nation spatiale. Ce qui ressemble à un canular va en réalité rapidement devenir de plus en plus sérieux pour compter aujourd’hui plus de 500 000 citoyens.

Demander la citoyenneté asgardienne est une simple formalité. En quelques minutes, n’importe quel individu sur Terre peut effectuer une demande sur le site d’Asgardia. Après avoir renseigné quelques informations sur son adresse terrienne ou encore son parcours éducatif, la nationalité est accordée quelques instants plus tard par email. La plateforme propose à chaque utilisateur de recevoir régulièrement les actualités d’Asgardia, d’affiner son profil et de publier des articles sur un blog dédié. En véritable république, chaque élément clé lié à la création d’Asgardia est soumis au vote de ses citoyens. L’autoproclamée première nation spatiale a ainsi proposé à ses citoyens une constitution qui dresse les grandes lignes de la jeune nation. Jeune, Asgardia l’est aussi par l’âge de ses citoyens, 70% d’entre eux ont entre 18 et 35 ans. Ceux-ci sont actuellement sollicités par leur nouveau président pour s’accorder sur les futurs symboles nationaux : un hymne national et un drapeau. « Sans cela nous serions une fausse nation, un jeu informatique élaboré. Or nous voulons établir le premier État spatial, sérieux, reconnu par les États terrestre et les Nations-Unies » a déclaré Igor Ashurbeyli en quête de reconnaissance.

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont déjà rejoint Asgardia © Asgardia

Plusieurs centaines de milliers de personnes ont déjà rejoint Asgardia © Asgardia

Igor Ashurbeyli, « Père fondateur » d’Asgardia

Asgardia a été créé par Igor Ashurbeyli, un milliardaire russe de 53 ans qui a notamment fait fortune grâce au groupe industriel Socium qu’il a créé et après avoir passé une dizaine d’années à la tête de NPO Almaz, un constructeur russe d’équipement militaire. Dans un style pas vraiment moderne, presque soviétique, ce bonhomme rond et moustachu n’hésite pas à se mettre en scène dans des vidéos dans lesquelles il se présente comme le « Père fondateur » d’Asgardia.

En Septembre, la jeune nation de l’espace lancera « son embryon » : un mini-satellite contenant des données partagées par les asgardiens. Chaque citoyen peut partager jusqu’à 500ko de données – soit pas grand chose, à titre de comparaison c’est à peu près le poids d’une image de mauvaise qualité.

Igor Ashurbeyli père fondateur d'Asgardia © Youtube

Igor Ashurbeyli père fondateur d’Asgardia © Youtube

Une nation de l’espace, mais pour quoi faire ?

Dans les premières lignes de la Constitution d’Asgardia, les objectifs de cette nation sont clairement mentionnés :

  • assurer la paix dans l’espace
  • assurer l’égalité des chances dans l’espace pour tous les asgardiens, résidant actuellement sur Terre, indépendamment de leur citoyenneté terrestre
  • promouvoir le bien-être de toute l’humanité

Asgardia possède aussi son propre calendrier. Au pays magique d’Asgardia, une année compte 13 mois (le mois Asgard s’intercale entre Juin et Juillet), chaque mois compte 28 jours et le 12 octobre est considéré comme le jour 1 et la fête nationale. La création d’une banque nationale est également à l’étude, on imagine un système de monnaie virtuelle basé sur le modèle de PayPal. Et comme toute nation qui se respecte, différents ministres seront nommés une fois la constitution approuvée.

Secte, délire de milliardaire ou véritable première nation spatiale ? Le problème avec Asgardia, c’est que l’on ne sait pas vraiment où l’on met les pieds. Une fois le premier satellite envoyé dans l’espace, quelle sera la prochaine étape ? Comment Asgardia va-t-elle gérer la double nationalité de ses citoyens ou les données collectées ? Ce statut inédit pose aussi une question d’indépendance. Car si la « première nation spatiale » se déclare totalement indépendante vis-à-vis des autres pays, elle va en réalité n’être guère plus qu’une dépendance américaine puisque le premier satellite sera lancé depuis la Floride. Or le droit de l’espace précise que dans ce genre de cas, la nationalité est associée à celle du pays à partir duquel s’effectue le lancement. Par ailleurs, le traité de l’espace signé en 1969 interdit également toute appropriation de l’espace. Mais comme l’ont montré les dernières actualités liées à l’exploitation de ressources, les lignes bougent en matière de droit spatial et Ashurbeyli pourrait bien un jour gagner son pari.

Election de candidats locaux et admission des nouveaux arrivés © Asgardia

Election de candidats locaux et admission des nouveaux arrivés © Asgardia

 

 

 

 

 

Cet article vous a plu ? Partagez-le 😉

    3 Commentaires

    1. Heikel de Passion-Astronomie

      Salut, voilà un article très très intéressant ! Je n’ai jamais vraiment pris le temps de m’intéresser à ce projet. Un projet qui a tout d’un bon début de dystopie SF il faut avouer ! 😉

      « Or le droit de l’espace précise que dans ce genre de cas, la nationalité est associée à celle du pays à partir duquel s’effectue le lancement. »
      Cela veut dire que si un enfant nait dans l’espace un jour, et que cette réglementation reste toujours d’actualité, il aura la nationalité du pays de lancement ?

      Merci pour tous vos articles hyper intéressant, c’est une branche de l’astronomie que je ne maîtrise pas du tout mais que je prend grand plaisir à découvrir au travers de votre site ! 😉

      Répondre
      1. Rob (Auteur de l'article)

        Bonjour Heikel,
        Merci pour votre message très sympa !
        A l’heure actuelle, pour tout ce qui touche à la notion de possession dans l’espace, il faut se référer au Traité de l’espace, adopté en 1967, en pleine « course à l’espace ». Le texte dit que chaque Etat est responsable de ce qu’il envoie dans l’espace. C’est expliqué notamment dans les Articles VI et VIII.
        A bientôt!

        Répondre
        1. Heikel de Passion-Astronomie

          Bonjour Rob, merci pour votre réponse.

          Je n’avais pas connaissance de ce traité, je vais le mettre en favori et le lire pour en apprendre plus !

          À bientôt 🙂

          Répondre

    Laisser un commentaire

    Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *