Tourisme spatial, lanceurs, vaisseaux cargos : SpaceX est sous pression

Crew Dragon de SpaceX à gauche. CST-100 Starliner de Boeing sur la droite. © SpaceX

Quelques semaines seulement après l’explosion au sol de son lanceur Falcon 9, Elon Musk sent la concurrence lui mettre la pression. Jeff Bezos, l’un de ses principaux adversaires sur la scène spatiale, vient de frapper un grand coup en présentant son nouveau lanceur « poids lourd ». Baptisée New Glenn, cette fusée pourra non seulement transporter une charge utile très importante, mais sera aussi réutilisable. Mais l’industrie spatiale ne se résume pas au duel SpaceX/Blue Origin. Boeing et Virgin Galactic, deux autres mastodontes américains du secteur ont dévoilé leurs projets de vaisseaux de transport. L’Europe prépare la riposte avec le programme Ariane 6 et les Russes travaillent sur un nouveau lanceur Angara. En cette rentrée, l’industrie spatiale semble assister à un nouvel épisode de la Guerre des Etoiles…

Le mois de septembre a marqué l’arrivée d’une nouvelle génération de véhicules spatiaux. Lanceurs, vaisseaux cargo, navettes dédiées au tourisme spatial, les industriels et agences spatiales du monde entier s’activent pour renouveler leurs flottes. SpaceX, qui enchainait les succès semble avoir marqué un coup d’arrêt en tout début de mois avec l’explosion de sa fusée Falcon 9 lors d’une phase de test sur son pas de tir. La société qui n’a pour l’instant pas réussi à identifier la cause de l’accident, a prévu une reprise des lancements en novembre. A son arrivée sur le marché, SpaceX lançait un pavé dans la marre en parvenant à réduire les coûts de lancement des fusées de manière drastique. Aujourd’hui, la société d’Elon Musk est attaquée de toutes parts et c’est l’ensemble de l’industrie qui riposte en concrétisant des projets qui dessineront l’avenir du spatial.

Projets de lanceurs, cargos et avions suborbitaux © Astronova.fr

Projets de lanceurs, cargos et avions suborbitaux © Astronova.fr

Catégorie lanceur poids lourd : SLS vs New Glenn

Du haut de ses 95m, la fusée New Glenn s’approche de la célèbre Saturn V (110m), le plus gros lanceur de l’Histoire. Avec un modèle aussi imposant, Jeff Bezos frappe un grand coup et réaffirme ses ambitions dans le secteur spatial. Le premier étage de la New Gleen sera réutilisable, ce qui représente des économies importantes et réduit de manière significative le coût de lancement. Avec cette fusée, sa société Blue Origin s’attaque de plein fouet au business de SpaceX. En effet, Bezos a pendant longtemps eu la tête tournée vers le tourisme spatial mais ce secteur, bien qu’en plein boom, est encore difficilement rentable pour les industriels. Avec le New Glenn, Bezos marche désormais sur les plate-bandes de SpaceX en se plaçant comme un sérieux concurrent en matière de lancement de satellites.

Avec Mars dans le viseur, la NASA travaille depuis 2011 sur un projet de lanceur lourd baptisé SLS (Space Launch System). 121m de haut, 130 tonnes de charge utile, 3000 tonnes de masse au décollage, le SLS est ce que l’on peut appeler un monstre. La très grosse capacité de ce lanceur permet à la NASA d’envisager des missions beaucoup plus ambitieuses. Si dans un premier temps, ce lanceur sera surtout utilisé pour envoyer, via sa capsule Orion, des astronautes dans l’espace, il sera ensuite pleinement consacré à l’envoi de missions humaines sur la Lune, puis sur le sol martien.

Les New Gleens, des lanceurs de taille © Blue Origin

Les New Gleen, des lanceurs de taille © Blue Origin

Boeing CST-100 Starliner : le futur taxi de l’espace

Créé en collaboration avec Bigelow Aerospace, le CST-100 de Boeing est un véhicule spatial capable de transporter jusqu’à sept astronautes. Il n’est pas réutilisable mais peut, comme le Dragon de SpaceX, être lancé depuis des plate-formes en mer. Si aucun retard ne vient ralentir le projet, le CST-100 sera lancé dès l’année prochaine par les fusées Atlas V de la NASA.

En parallèle du projet de Boeing, SpaceX avance elle aussi sur une nouvelle version de son cargo ravitailleur : le Crew Dragon V2. Un nouveau port d’amarrage Universal IDA-2 a d’ailleurs été fixé à l’ISS pendant l’été pour permettre à ces deux nouveaux vaisseaux de rejoindre la station spatiale.

Avec cse nouveaux véhicules, les Américains vont désormais pouvoir se passer des russes pour acheminer leurs astronautes sur la Station Spatiale Internationale. Depuis l’arrêt du programme de navette spatiale américaine en 2011, les Russes conservent le monopole du transport vers l’ISS grâce à leurs vaisseaux Soyouz, certes un peu datés mais toujours aussi fiables. L’utilisation des vaisseaux russes coûte d’ailleurs une fortune aux américains : le prix d’un siège avoisine les 13,6 millions de dollars et aurait augmenté de 384% depuis 2006 !

Virgin Galactic VSS Unity : le bus de touristes suborbital

Si les offres abordables peinent encore à apparaitre, le tourisme spatial continue à passionner les industriels qui anticipent un marché en devenir. Virgin Galatic, l’autre mastodonte du spatial américain vient d’effectuer le premier vol test de son avion suborbital VSS Unity.

Lorsqu’il aura passé avec succès tous les tests de conformité, le VSS Unity proposera des vols d’environ trois heures, au cours desquels les passagers (6 au maximum) pourront observer le noir de l’espace et la courbure de la Terre. Ce n’est pas encore l’espace mais c’est début un bon début.

Contre toute attente, les Chinois ont annoncé il y a quelques jours une famille d’avions suborbitaux dédiés au tourisme spatial. Prévu pour être réutilisable une cinquantaine de fois, cet avion spatial décollera à la verticale mais se posera à l’horizontale, un peu comme le faisaient les navettes spatiales américaines il y a quelques années. Comme cela est bien souvent le cas avec les projets chinois, nous avons pour le moment encore très peu d’informations sur ce prototype.

Ariane 6 : un lanceur plus moderne pour rester dans la course

Grâce à un 74ème succès consécutif, le célèbre lanceur européen Ariane 5 a égalé cette semaine le record détenu par sa prédécesseur Ariane 4. Bien que très fiable, cette fusée est nettement moins compétitive que les modèles proposés par la concurrence. Un tir d’Ariane 5 coûte à l’heure actuelle environ 150 millions d’euros. Pour diviser ce réduire drastiquement ses coûts de lancement et maintenir son leadership sur le marché des lancements des satellites, Arianespace n’a pas eu d’autre choix que de penser à un tout nouveau modèle de fusée. Après concertation avec les industriels et les agences spatiales, Arianespace est actuellement en train de travailler sur son prochain lanceur : Ariane 6. Plus efficace, plus moderne, Ariane 6 est surtout beaucoup plus abordable ! Les industriels sont même parvenus à proposer un modèle deux fois moins cher puisqu’un opérateur devra désormais débourser une somme avoisinant les 70 millions d’euros pour placer ses satellites en orbite.

Mais l’industrie spatiale s’active aussi en Russie où une nouvelle famille de lanceurs Angara devrait bientôt voir le jour. Grâce à des capacités de poussée et des poids très variables (de 2 à 72 tonnes), ces fusées offriront aux Russes une flexibilité confortable.

SpaceX : Mars comme échappatoire ?

La réponse de SpaceX ne s’est pas faite attendre. Le 27 septembre dernier, la société américaine a présenté un nouveau projet très ambitieux : l’Interplanetary Transport System. Si son nom n’est pas encore définitif, ce vaisseau a pour objectif de transporter des humains vers d’autres planètes à l’horizon 2023. Mars dans un premier temps, mais pas que, puisque le milliardaire américain a déclaré vouloir aller encore plus loin avec ce vaisseau. Le voyage vers Mars durerait 100 jours et pourrait embarquer 100 personnes. Une fois sur place en revanche, vous vous débrouillez, SpaceX ne s’occupe de rien. Mais soyons honnêtes, ce projet a pour l’heure encore trop de parts d’ombre pour être tout à fait crédible.

Dans une industrie spatiale qui bouge très vite, Elon Musk a-t-il les armes pour se remettre de ses récentes déconvenues et continuer à imposer son rythme ? Quelque chose nous dit que le milliardaire n’a pas fini de nous surprendre avec des projets aussi fous qu’innovants.

 

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